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Buenos Aires

Les musulmans vont à La Mecque,
Les juifs à Jérusalem,
Les catholiques au Vatican...
Et les passionnés de tango à Buenos Aires !

Il me fallait donc faire ce pèlerinage, pour voir, pour comprendre, pour apprendre... mais aussi pour pouvoir dialoguer en toute connaissance de cette ville mythique avec toutes celles qui, bien que dansant dans mes bras, rêvaient encore des danseurs argentins rencontrés de l'autre côté de l'Atlantique, sur les rives du Rio de la Plata.

Vous trouverez donc sur cette page quelques commentaires et impressions sur mon court et premier séjour à Buenos Aires, du 6 au 14 mars 2004. Un autre a suivi en 2005, plus long, tout aussi passionnant, mais qui ne fait pas l'objet de nouvelles pages de ce site.

Maîtrisant suffisamment l'español pour me débrouiller seul, habitué à des voyages professionnels en solo, mais désireux cependant de découvrir le tango à Buenos Aires sans me préoccuper des problèmes d'organisation, j'avais décidé de choisir de partir avec l'organisme argentin organisateur du World Tango Festival. Je fuyais donc les nombreux organisateurs de semaines de découverte de tango à partir de la France, mon objectif étant de danser à Buenos Aires avec des argentines (à la rigueur quelques autres étrangères), et non pas des françaises ! Je mettais aussi de côté le championnat mondial de tango, afin de ne pas me retrouver dans une foule de toute provenance.
Mon choix d'une semaine organisée sans trop de publicité mais connu grâce à mon abonnement à une liste de courrier électronique correspondit à mon attente, car je me retrouvais dans tout petit groupe de 8 personnes... (1 couple français, et le reste, des américains). C'est peu, et ceux qui aiment les grands groupes, ne parlent pas anglais, ou qui sont allergiques au comportement de nos amis des USA n'y auraient pas trouvé leur compte. Cela mit aussi un peu dans l'embarras notre organisateur, qui du adapter son programme. Mais, les avantages d'un tel groupe furent surtout inestimables en deux points : de nombreux cours à 8 personnes seulement, donc quasi particuliers, et soirées où nous avons pu aller dans les milongas de Buenos Aires comme de simples clients, à la recherche de danseurs ou danseuses extérieurs à notre groupe (donc argentins... encore qu'il y a toujours - comme à Paris - de nombreux étranger à fréquenter de tels lieux).
http://www.worldtangofestival.com.ar : pour retrouver l'organisateur de mon séjour tango


Le tango dans Buenos Aires

Ne rêvons pas ! Car si le tango est de Buenos Aires, tous les argentins - loin s'en faut - ne dansent pas le tango. Malgré tout, la présence de cette dans, bien que discrète, est bien réelle comme élément culturel :
> Chez les disquaires d'abord. Ainsi, vous promenant dans les deux rues piétonnes du centre de Buenos Aires, votre oreille sera souvent attirée par quelque forte musique de tango, histoire d'attirer le chaland. Et puis, entrant chez n'importe lequel de ces disquaires, petit ou grande chaîne, vous serez étonnés par la capacité des bacs réservés au tango, et placés dès l'entrée du magasin ; à titre de comparaison, le rayon identique, dans notre Virgin des Champs Elysées (pourtant assez bien achalandé côté tango) fait à côté piètre figure. A l'évidence, les argentins continuent à écouter et acheter en quantité des enregistrements de tango.
> Ensuite dans la rue. Il n'est pas rare dans le centre de Buenos Aires ou dans les lieux touristiques de voire quelque couple faisant une démonstration de tango ; piètres artistes amateurs de rue voulant se faire une peu d'argent. C'est pour les touristes ou les badauds me direz-vous, et sans grand intérêt ; il n'empêche, cela existe, et à titre de comparaison, je n'ai encore jamais vu à Paris de danseur de valse ou de java musette
dans la rue...
> Enfin, aux hasard de vos balades, vous trouverez, de-ci, de-là des références au tango : dans les librairies - en cherchant bien cependant - quelques livres sur le sujet ; au restaurant, où j'ai pu déjeuner - par simple hasard - au milieu de nombreuses photographies de Carlos Gardel ; dans les boutiques de souvenirs, où vous pourres acheter - au même titre que nos tours Eiffel parisiennes - de petits sujets représentant de danseurs de tango. Etc.


Anecdote

C'était un midi ; j'étais en train de déjeuner dans une assez belle et moderne brasserie à côté de mon hôtel. Pour tuer le temps, je feuilletais la revue "la Tangauta" répertoriant cours et milongas de Buenos Aires. A la table d'à côté, un couple d'argentins, la quarantaine, élégant, bon chic bon genre. Soudain, le monsieur se penche vers moi en engage la conversation en me demandant : "Usted baila tango ? Sabe usted donde podemos aprender a bailar tango en Buenos Aires ?" (vous dansez le tango ? Savez-vous où nous pouvons apprendre à danser le tango à Buenos Aires ?). Bon, après un instant de surprise, je décline ma nationalité auprès du couple, et me voilà en train de donner en français - le monsieur le parle plutôt bien - des renseignements sur les différents cours de tango de Buenos Aires ; et pour terminer, je leur donne ma précieuse revue, qu'ils ne savent manifestement où trouver, et dont ils viennent de découvrir l'existence.
Bon, je vous l'ai dit en début de page : Tous les argentins ne dansent pas le tango !


Première milonga à Buenos Aires

"Monsieur, je ne sais pas danser en position ouverte me dit, complètement paniquée et dans un anglais approximatif une danseuse que je venais juste d'inviter, lors de ma première soirée de danse à Buenos-Aires !
Imaginez ma stupeur : C'est une peu comme si, dans nos bals bien français une femme très convenable, plutôt bien faite et que vous n'avez jamais aperçue auparavant vous faisait d'emblée le reproche de ne pas vous coller à elle dès le début d'un premier slow...
Seule solution donc : enlacer complètement, fermement mais avec douceur le haut de la taille de votre partenaire, la laisser poser sa joue contre la vôtre, accueillir le haut de son corps contre votre torse et partir dans quelques pas simples, bien en accord avec la musique ; déclencher quelques huits avant ou arrière en laissant glisser son corps dans votre bras droit, attendre gentiment qu'elle réalise ses pas ou quelques fioritures pour repartir dans quelques tours harmonieux ; en faisant bien attention aux autres couples, d'autant plus que joue contre joue, la visibilité sur votre droite est nulle...
Il m'aura tout de même fallu quatre jours pour comprendre, sentir ce que mes partenaires désiraient avant de me laisser aller à bien les guider, et à leur procurer tout le confort et la douceur qu'elles souhaitaient.
Ultime récompense : le dernier jour une argentine m'aura dit "Usted bailla como nosotros en Argentina" ; bon, j'ai encore énormément à apprendre, mais au moins, j'ai compris ce que les danseuses attendent des hommes là-bas.

Cette manière d'aborder la danse, très rapprochée, surprendra, choquera même peut-être certaines danseuses bien de chez nous. Car il est vrai que chez nous, en France, certaines danseuses nous donnent l'impression de penser que notre seul but est de vouloir abuser d'elles dès leur entrée sur la piste de danse...
Et pourtant, si les danseuses de Buenos Aires se permettent un tel rapprochement, c'est qu'elles ont compris qu'elles n'ont pas grand chose à craindre ! Car les vrais danseurs ne sont pas fous : un geste trop maladroit les privera pour la suite de la soirée (parfois plus), du plaisir d'enlacer la bonne danseuse qu'ils ont repérée ; et puis, maîtriser le tango leur a demandé tellement de temps, d'efforts, que seuls ceux qui aiment vraiment la danse auront fait ce sacrifice. Ainsi, les danseuses de tango sont-elles toujours assurées de trouver des partenaires attentifs et respectueux de leur corps et de leur être ; d'autant plus qu'habitués à voir passer dans leur bras de bien agréables femmes (on change souvent de partenaire de danse au cours d'une soirée à Buenos-Aires), seules celles avec lesquelles passera un réel plaisir partagé pourra fixer leur attention, pour plus que quelques danses ou une conversation aimable.
Alors, Mesdames, n'hésitez pas ! Le seul vrai risque que vous courrez en utilisant ce style très rapproché si propre aux argentins, est de prendre un plaisir à danser inégalé... et de trouver ensuite bien fade toute autre style de danse. Qui s'en plaindra ? Seuls sans doute ceux qui n'auront pas fait l'effort de maîtriser cette danse difficile mais tellement agréable qu'est le tango argentin.


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Liste des milongas visitées pendant mon séjour :


El Beso (Riobamba 416)
Dimanche 7 mars, jour de mon arrivée
Ambiance dans les rouges, avec peu de lumière, qui rend l'atmosphère chaude et agréable. Piste assez petite.
Pas mal de bonnes danseuses "locales" entre 40 et 50 ans


Salon Canning
(Av. Scalabrini, Ortiz 1331)
Lundi 8 mars.
Grande piste carrée avec beaucoup de monde. Ambiance assez froide, impersonnelle et plutôt jeune.
A réserver à ceux qui savent danser dans très peu d'espace.



Porteño y Bailarin
(Riobamba 345)
Mardi 9 mars.
Ambiance chaleureuse un peu similaire à celle d'El Beso, mais dans les bleus.
Deux pistes de moyenne importance, dont une visiblement pour les plus jeunes



La National
(Alsina 1465)

Mercredi 10 mars
Grande piste tout en longueur dans une vieille bâtisse. Beaucoup de touristes : j'y ai ainsi dansé avec une suisse, une turque, une allemande, etc. ! Mais l'ambiance y fut sympathique en dépit de la froideur du lieu.



La Ideal
(Suipacha 384)
Jeudi 11 mars.
Installée dans les étages d'une très ancienne brasserie, l'ambiance y est restée celle d'un lieu des années 40. Pas très jeune, pleine de nostalgie, je vous conseille d'y aller dans la journée.



Gricel
(La Rioja 1180)
Vendredi 12 mars.
Ma préférée. Ambiance de vieux bois, un peu comme à l'Opus Latina de Paris, mais en beaucoup plus grand et avec une piste spacieuse en longueur. Peu de touristes... et de bien agréables danseuses argentines d'âge mur, venues-là pour le plaisir de danser, et intéressées par tester mon tango.

.


Sunderland
(Lugones 3161)
Samedi 13 mars .
Ambiance très familiale et bon enfant dans cette vieille salle de sport carrelée, mais qui se révèle bien adaptée à la danse et agréable. Peu de touristes. A voir sans faute pour sa couleur très locale.
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Retrouvez les photos de ces célèbres milongas sur un excellent site neerlandais, dont elles sont extraites : http://www.torito.nl/

Que dire des professeurs de tango de Buenos Aires ?
Sont-ils vraiment meilleurs qu'à Paris ?
Le déplacement mérite-t-il d'être fait pour apprendre ?

Questions pertinentes, surtout lorsqu'on sait que de nombreux - et bons - professeurs argentins sont installés à Paris et y dispensent des cours d'excellente qualité.

Donc, ce qui va caractériser Buenos Aires n'est pas nécessairement la qualité de tel ou tel professeur que l'on pourra retrouver avec presque autant de facilité à Paris, lors d'un de ses déplacement plus ou moins long dans notre belle capitale.

L'intérêt d'un séjour à Buenos Aires se situe en fait à plusieurs niveaux :
> d'abord le grand nombre de professeurs de bonne qualité qui y donnent des cours à toute heure. Il vous sera ainsi facile d'y prendre des cours depuis le début de la matinée jusqu'à la fin de la journée, chaque jour de la semaine, et cela, parfois sans beaucoup vous déplacer. Avec l'embarras du choix dans les styles et le type de danse que vous recherchez (tango, valse, milonga, etc.)
> Puis, dans la qualité de vos partenaires potentiels. Car même si il existe de nombreux touristes sillonnant les différents cours les plus en vue, tous (et toutes) ont une motivation inégalée pour le tango.
>
Enfin, chacun a le soucis dans cette ville d'y danser un tango de bal, au moins dans l'inspiration, et d'y prendre un plaisir partagé. C'est à dire libéré de notre carcan européen ou anglo-saxon, qui fait s'éloigner les corps, et croire que la danse ne vaut plus que par la complexité et la multiplicité des figures réalisées. C'est vrai dans les milongas, mais c'est aussi vrai dans les cours, où chaque professeur corrigera avant tout votre attitude et votre manière d'être. Cela vous arrivera aussi dans nos cours parisiens, mais l'avantage à Buenos Aires est que chacun et chacune est réceptif à cet enseignement, alors qu'à Paris, de nombreux professeurs font l'impasse sur ces aspects où les passent au second plan ; par renoncement et lassitude, ou par peur de perdre leurs clients, ayant constaté depuis longtemps la difficulté des danseurs et des danseuses à aller vers un contact rapproché et à plus sentir les mouvements qu'à les exécuter !

Je ne vous livrerai pas de commentaire particulier sur les professeurs des cours que j'ai suivis.
J'ai passé trop peu de temps avec chacun d'eux pour me faire réellement une opinion ; d'autant plus que les conditions (cours réguliers, cours semi-particuliers, etc.) furent à chaque fois différentes.
En fait, l'intérêt pédagogique de mon séjour se situa plus sur la manière d'appréhender le tango dansé à Buenos Aires, que chacun des professeurs a pu, dans son domaine, avec des danseurs réceptifs, nous faire partager.
Et chacun nous apporta sa touche, son style, ce que nous cherchions ; parfois d'ailleurs de manière parfaitement contradictoire d'un cours à l'autre !
En résumé, très peu de pas appris, mais les bases nécessaires pour danser dans les milongas avec un style plus argentin que français.
Une petite mise en garde cependant à ceux qui se rendraient à Buenos Aires : à défaut de comprendre l'español, maîtrisez au moins l'anglais, et choisissez des professeurs dont vous comprendrez la langue. Sinon, vous trouverez peu intéressants de nombreux cours, notamment lorsque les professeurs tentent de vous donner de nombreuses explications.
Quelques vues du centre de Buenos Aires. D'autres vont bientôt venir !

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