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Qui a chanté le mieux le tango ?


Paradoxalement, mon choix n'ira pas vers les "grands" de l'histoire du tango.

Car n'étant pas dans mon jeune âge un adepte de cette danse, réservée alors aux "vieux ringards", les Gardel, Vargas et plus tard Piazzola, ne faisaient pas partie de mon univers.

Mon univers de chansons, ou plutôt celui de mes parents, c'était Piaf, Montant, Brel, et beaucoup d'autres moins connus aujourd'hui. De ceux-là, je n'ai aucun souvenir de chanson sur le tango.
Mais il en est un parmi eux dont le souvenir d'une chanson reste ancré dans ma mémoire : Léo Ferré et son fameux "temps du tango". Vous dire pourquoi m'est impossible. Sans doute tout simplement parce que mon père aimait le tango et m'en parlait, et certainement aussi parce que les radios diffusaient cette chanson à l'époque de mes premiers contacts avec la danse. Et puis plus certainement par la personnalité de l'homme, la chaleur de sa voix, la force de ses sentiments, la plongée dans un univers populaire rude et tendre à la fois. Aussi par le positionnement de l'homme dans son temps : né à la fin de l'entre-deux guerres, composant ses chansons peu avant le déferlement de la vague yé-yé, elles marquent une époque charnière, où la vie était certes difficile, les femmes pas encore "libérées", mais où chacun pouvait encore rêver d'un avenir bien meilleur en trouvant du plaisir dans des joies simples.

Réécoutez ce fameux "temps du tango" mais aussi "mister Giorgina".

Vous comprendrez alors toute l'essence du tango argentin : Le plaisir de prendre dans vos bras une personne du sexe opposé et de vous concentrer avec elle sur l'esquisse de quelques pas au son d'un bandonéon. Quoi de plus simple en fait ? Mais quoi de plus agréable ?

Merci Léo !

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LE TEMPS DU TANGO

Moi je suis du temps du tango
Où mêm' les durs étaient dingos
De cett' fleur du guinche exotique
Ils y paumaient leur énergie
Car abuser d'la nostalgie
C'est comm' l'opium, ça intoxique
Costume clair et chemis' blanche
Dans le sous-sol du Mikado
J'en ai passé des beaux dimanches
Des bell's venaient en avalanche
Et vous offraient comme un cadeau
Rondeurs du sein et de la hanche
Pour qu'on leur fass' danser l'tango !

Ces môm's-là, faut pas vous tromper
C'était d'la bell' petit' poupée
Mais pas des fill's, ni des mondaines
Et dam', quand on a travaillé
Six jours entiers, on peut s'payer
D'un cœur léger, un' fin d'semaine
Si par hasard et sans manières
Le coup d'béguin venait bientôt
Ell's se donnaient, c'était sincère
Ah ! c'que les femmes ont pu me plaire
Et c'que j'ai plu ! J'étais si beau !
Faudrait pouvoir fair' marche arrière
Comme on l'fait pour danser l'tango !

Des tangos, y'en avait des tas
Mais moi j'préférais " Violetta "
C'est si joli quand on le chante
Surtout quand la boul' de cristal
Balance aux quatre coins du bal
Tout un manèg' d'étoil's filantes
Alors, c'était plus Valentine
C'était plus Loulou, ni Margot
Dont je serrais la taille fine
C'était la rein' de l'Argentine
Et moi j'étais son hidalgo
Oeil de velours et main câline
Ah ! c'que j'aimais danser l'tango !

Mais doucement passent les jours
Adieu, la jeunesse et l'amour
Les petit's mômes et les " je t'aime "
On laiss' la place et c'est normal
Chacun son tour d'aller au bal
Faut pas qu'ça soit toujours aux mêmes
Le cœur, ça se dit : corazon
En espagnol dans les tangos
Et dans mon cœur, ce mot résonne
Et sur le boul'vard, en automne
En passant près du Mikado
Je n'm'arrêt' plus, mais je fredonne
C'était bath, le temps du tango !

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MISTER GIORGINA

Tu joues tu joues d’ l’accordéon
Dans un bistrot qui n’a plus d’ nom
Tell’ment les gens sont habitués à y danser
La comparsita
Que tu leur joues toutes les nuits
Pour un salair’ qui fait pas d’bruit
Car ton métier c’est d’ fair’ danser
C’est d’ fair’ danser
Mister Giorgina
Que ton biniou brill’ comm’ le jour
Ou qu’il soit noir comm’ les amours
Qui sur la piste vont chercher
De quoi rêver de quoi danser
La comparsita
Toi tu t’en fous car ton métier
C’est d’ fair’ danser mais pas d’ penser
Fais ta série voilà ta vie
Voilà ta vie
Mister Giorgina

" Ta vie... ma vie... leur vie..."  

Un jour t’auras les cheveux blancs
Ceux qui vienn’nt tard qui vienn’nt sûr’ment
Tu te r’touv’ras d’vant ton buffet
Pour y danser pour y danser
La comparsita
Que tu jouais dans un beuglant
Pour un salair’ qu’a foutu l’camp
Les autr’s dansaient toi tu bouffais
Toi tu bouffais
Mister Giorgina
Alors avant qu’il n’soit trop tard
Planq’ton magot dans ton placard
Les fourmis c’est fait pour bosser
Quant aux cigal’s ell’s vont danser
La comparsita
Car la musiqu’ foutu métier
Ca chante ça gueul’ ça fait rêver
Et ça s’envol’ comm’ les paroles
Comm’ les paroles
Mister Giorgina

"Ca s’envole ? Pas toujours...
...Née de tango inconnu !..."

Toi les frangin’s qui vienn’nt guincher
Avant d’se fair’ comparsiter
Tu les regarde(s) avec tes doigts
T’as l’oeil qui joue en Do en fa
La comparsita
Au fond ça toi tu t’en fous
T’as qu’un copain c’est ton biniou
Tu joues Schubert mais c’est plus cher
Mais c’est plus cher
Mister giorgina
Un piano c’est comm’ l’horizon
Ca joue tout à l’horizontale
Toi ton piano et ses flonflons
Tu les fous à la verticale
Sur comparsita
Et dans la rue tes récitals
Des fois ça nous fait un peu mal
Avec ton Pleyel en sautoir
Yel-en-sautoir
Mister Giorgina

"Ca nous fait un peu mal... La Musique
fini ! La Musique ! En l’an 2000 plus d’Musique !
Et pourtant c’était beau... jean Sébastien Bach , Tu connais ?"

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De nombreux artistes, notamment dans les années 50, ont intégré à leur répertoire des tangos... souvent bien particuliers.

Ainsi, on peut citer Jacques Brel avec son fameux "Rosa", à la gloire des déclinaisons latines. Mais ma préférence ira à Boris Vian qui nous livre avec ses "joyeux bouchers", un modèle de dérision... d'ailleurs pas si mal ficelé que cela sur un plan musical.. cliquez donc ici pour le (re)découvrir, et vous serez étonné